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  EPIDOSE 3.7 [14 :00 ?] Une heure qui avance est une vie qui s’amenuise. Encore faut-il qu’elle s’en sorte, de cette saloperie d’oubliette ! Putain ! Pour sortir une sentence de ce genre, sûr qu’elle a dû vieillir depuis ce matin de dix années par heure. De l’autre coté par contre, rien n’a bougé, sinon que l’intrus vient de couper la télé. Comment peut-on attendre si longtemps sa proie si l’on n’est pas sûr de l’heure de son retour… ou si l’on sait pertinemment qu’elle est cloîtrée dans les toilettes ? Sûr qu’il affûte ses chélicères, à l’affût du moindre bruit ou mouvement qui signale sa présence. Car seul un tempérament arachnoïde justifie une telle détermination, c’est sûr. A choisir, vaut-il mieux périr sous la morsure venimeuse ou finir asphyxiée dans un cocon de soie ? Charlotte tente de se rassurer comme elle peut. Non, en vérité, l’inconnu ne se doute de rien, n’imagine même pas que sa cible est à deux pas ; il va se lever de son putain ...
  EPIDOSE 3.8 [14:30 ?] La cliente d’Emma entame la dernière volée en chantonnant entre les dents. Des lèvres qui swinguent et des bottes qui ont l’air de tricoter, c’est qu’Emma a dû lui prédire un radieux avenir d’amour ou d’argent, ou quelque chose d’approchant. Insupportable, cette allégresse affichée, alors que Charlotte se débat entre trois petites voix indisciplinées, un énergumène qui occupe son appartement comme une terre conquise et une porte des toilettes récalcitrante. Tout va bien, très bien, putain ! Au rez-de-chaussée, un remue-ménage de machine qu’on glisse sur le sol succède à celui du verre brisé. Cela sent l’empilage d’on ne sait trop quoi dans le grand couloir d’entrée. Bref, le déménagement des cambrioleurs se poursuit au vu et au su de tous. N’empêche que la jeune femme aux bottes s’en est sortie sans inquiétude ni anicroche, échangeant seulement quelques mots sourds avec les malfrats. C’est une voix flûtée et doucereuse, aucun rapport avec le trio d...
 EPIDOSE  3.9 [15 :00] Et dire que son visiteur était peut-être sa seule planche de salut. A présent qu’il l’a lâchée, abandonnée à son sort, jamais solitude n’a été aussi caniculaire, mortifère, horrifiante. Son suaire en porte d’ailleurs les stigmates de sueur et d’urine. Dégoutée par le départ de celui qui n’était en définitive qu’un complice, écoeurée d’elle-même, Charlotte part en vrille et s’arrache de sa nuisette comme d’une vieille peau. Non ! Elle n’est pas nue, Monsieur, elle mue, Madame…, délire-t-elle en aparté. Qui aura la malchance de couvrir son intimité d’un drap blanc sera celle ou celui qui défoncera la porte. Joli spectacle en vérité que le cadavre d’une jeune fille, suffisamment pourri pour ne pas être tenté ! Il ne lui reste d’ailleurs plus que quelques lambeaux de chair sur la peau. Putain ! Elle ne va tout de même pas crever ! La boiserie de la porte accueille ses seins et son ventre nus avec froideur. Sûr qu’on ne peut rien entendre ...
  EPIDOSE 3.10 [15 :30] Résultat d’une mauvaise manipulation ou non, Charlotte a si mal mené le coup suivant que son épaule s’est écrasée contre le montant de la porte tandis que son arme de fortune glisse sur le côté et finit par lui échapper des mains. La planche a atteint le genou avant de tomber sur le carrelage, à un doigt du gros orteil. « Putain ! », vagit-elle, « Et merde !.. », car la douleur à l’épaule lui donne l’impression de l’avoir déboîtée. C’est à peine si elle peut remuer le bras. Pour cette fois, rien de cassé heureusement. Elle l’a échappé belle. Charlotte n’est subitement plus qu’une petite fille qui s’effondre en pleurs contre une paroi de bois, sa main gauche caressant compulsivement son épaule meurtrie. La porte a eu raison d’elle. Jamais Charlotte ne s’extirpera de son cabinet, putain ! Jamais. Disons que son apitoiement sur elle-même dure un bon quart d’heure, après quoi, entre deux sanglots, elle essaie de reprendre son s...
  EPIDOSE 3.11 [14 :52] Une fois de plus, Charlotte se retrouve à lister ses connaissances, féminines cette fois. Putain ! Le tour est vite fait et aucune ne semble correspondre au profil de sa visiteuse. Surtout pas Emma. Charlotte aurait reconnu son pas (et son émanation de thé à la cannelle) entre mille. De plus, la vieille dame, en dépit de faire la sourde, est accoutumée au soliloque, soit qu’elle ne serait pas restée muette bien longtemps. M.A. Andersson ? Non, ce n’est pas vraisemblable ! Une psy’ n’est pas du genre à entrer chez ses patients sans y être invitée, pour peu toutefois qu’elle s’y rende, et d’ailleurs pour quelle raison ? Ensuite, des effluves de chocolat ne correspondent en rien à son personnage. Disons plutôt que cette senteur particulière lui rappelle davantage sa sœur, mais, avec le temps, Charlotte ne s’en souvient plus guère, d’autant moins que ses narines trompeuses avaient autrefois tendance à confondre les bouffées sucrées de Ci...
  EPIDOSE 3.12 [15:26, avant de monter] Son humeur du jour ne la porte pas sur la couleur. Le blanc ou le noir lui semblent plus propices à son état d’esprit (quant à son état d’âme, c’est encore tout autre chose !). Elle hésite entre un pantacourt blanc et une jupette noire. En les plaçant tour à tour devant elle, Charlotte constate, et ce n’est pas nouveau, que le noir met en évidence la porcelaine de sa chair. Cet aspect vampirique n’est d’ailleurs pas pour lui déplaire. Le blanc au contraire l’affadit et lui donne un côté poupée fragile qui l’exaspère, en dépit des fantasmes de certains. Tout compte fait, la jupette la rend sans doute plus aérienne (elle pense « aérienne » car, sur le moment, elle a grand besoin de légèreté) et puis, en définitive, cela dépendra de ce qu’elle mettra comme dessus. « Charlotte soliloque, elle a bien trop de loques ! ». persifle qui, à présent, tu sais. Les phrases alexandrines d’Olivia la mortifient. Charlotte tente ...